À PROPOS

Suriyakantha Walawwa

Suriyakantha walawwa, 18th-century house in Kandy — aerial view of the courtyard

Suriyakantha Walawwa, un joyau au cœur d’un écrin de verdure — vue du ciel © Suriyakantha CAC (Pvt. Ltd)

 
Abrité dans une walawwa* du XVIIIᵉ siècle — autrefois demeure d’un noble kandyan —, Suriyakantha est le témoignage vivant d’un dialogue entre l’architecture coloniale hollandaise et l’exquise maîtrise de l’artisanat cinghalais.

 

Suriyakantha walawwa entrance veranda framed by lush garden

Walawwa (aussi orthographié walauwa) — manoir traditionnel sri-lankais, historiquement résidence ancestrale d’un chef local ou d’un aristocrate (surtout dans la tradition kandyanne). Le terme désigne couramment des demeures d’élite singhalaises (p. ex. familles radala), souvent organisées autour d’une cour centrale ouverte (meda midula).

 

LE CADRE HISTORIQUE

Les archives écrites disponibles, bien que parcelaires, fournissent de précieuses informations sur l’histoire de la Naranwala Walawwa, qui abrite aujourd’hui le Centre Suriyakantha.

Elles permettent de situer les origines de l’actuelle bâtisse au XVIIIᵉ siècle, moment particulièrement riche de l’histoire du royaume de Kandy. Ancrée au cœur verdoyant d’Udunuwara — région d’une grande richesse historique et culturelle* —, la demeure puise ainsi ses racines dans un contexte à la fois patrimonial et symbolique.

Selon les archives qui nous sont parvenues, le roi Sri Vimaladharmasuriya II (1687–1707) aurait accordé à Jayasundara Mudaliya « un terrain situé dans le district d’Udunuwara ». Ce domaine est, sans nul doute, celui sur lequel fut érigée l’actuelle walawwa de Suriyakantha, jadis appelée Naranwala Walawwa, d’après le lieu-dit.

Udunuwara (district de Kandy) — Division historique à l’ouest de Kandy, Udunuwara concentre plusieurs monuments de l’époque de Gampola (1341–1408), notamment Embekka Devalaya — célèbre pour son pavillon des tambours en bois sculpté — et Lankatilaka Vihara, souvent décrite comme l’édifice le plus remarquable de la période ; tout près, Gadaladeniya Vihara complète cette triade médiévale. Au XVIIᵉ siècle, Robert Knox vécut plusieurs années à Eladetta durant sa captivité au royaume kandyan (v. 1670–1679) ; le village signale encore le lieu par des plaques commémoratives. Au XIXᵉ siècle, la région fut le foyer de Gongalegoda Banda (1809–1849), proclamé « roi de Kandy » lors du soulèvement anticolonial de 1848.

L’architecture de l’édifice offre un exemple représentatif de ce qu’il est convenu d’appeler le « style hollandais » — influence exercée lors de l’occupation partielle de l’île par les Hollandais (1658–1796). Ce langage formel caractérisait les demeures des aristocrates investis de fonctions auprès du roi, et ce jusqu’à la reddition de Kandy en 1815.

Située à proximité de la cour royale, la Naranwala Walawwa connut son heure de gloire au XVIIIᵉ siècle. À partir de 1815, année marquant la fin de la résistance du royaume kandyen face à la puissance britannique, la demeure entra dans un déclin inexorable, tant sur le plan architectural que social.

La tendance ne s’inversa qu’à la fin du XXᵉ siècle, lorsque s’ouvrit un nouveau chapitre pour ce lieu chargé d’histoire.

 

Suriyakantha walawwa, 18th-century house in Kandy — aerial view of the courtyard

La cour intérieure (« meda midula » en cinghalais) de la Suriyakantha Walawwa accueille aujourd’hui l’espace de restauration © Suriyakantha CAC (Pvt. Ltd)

 

LE CADRE GÉOGRAPHIQUE ET CULTUREL 

Nichée au cœur de la Région centrale, à 600 m d’altitude, la walawwa bénéficie toute l’année d’un climat tempéré. Elle se trouve à proximité de trois édifices remarquables, chefs-d’œuvre du royaume de Gampola (1341–1415) : les temples de Gadaladeniya, Embekke et Lankathilaka.

L’architecture de la demeure se distingue par sa sobriété : un corps principal rectangulaire, flanqué à l’avant comme à l’arrière de larges vérandas portées par des piliers massifs et coiffé d’une imposante toiture à deux pans ; deux ailes perpendiculaires au nord et au sud délimitent sa cour intérieure emblématique — un espace généreux offrant une remarquable scénographie, ouverte sur la perspective des montagnes d’Hantana.

 

CONVERSATION CULTURELLE

La renaissance du walawwa doit beaucoup à la vision et à la détermination de deux hommes — le Dr Jacques Soulié et Rohan de Silva — qui, épaulés par une pléiade de connaisseurs et d’artisans locaux, ont entrepris au début des années 1990 une restauration complète et respectueuse de cette demeure tricentenaire.

Leur engagement commun en faveur de la préservation et de la transmission culturelles rendait presque inévitable l’étape suivante : la création d’un espace culturel vivant.

En 2014, la demeure restaurée a ouvert ses portes comme Suriyakantha Centre for Art & Culture, un « musée-maison » unique dans la Région centrale. Sa mission ne se limitait pas à la sauvegarde de l’édifice et de ses collections : elle visait aussi à instaurer un dialogue entre le passé et le présent, le local et l’universel.

Cette vision s’est élargie en 2016 avec l’ouverture d’une galerie d’art, accueillant des expositions temporaires et offrant une tribune privilégiée à la création contemporaine. En plaçant la modernité créative aux côtés d’un patrimoine séculaire, Suriyakantha affirme sa conviction que l’identité culturelle n’est jamais figée, mais sans cesse renouvelée.

 

Suriyakantha walawwa, 18th-century house in Kandy — aerial view of the courtyard

La cour intérieure de la Suriyakantha Walawwa vue du toit-terrasse © Suriyakantha CAC (Pvt. Ltd)