
Royaume de Kandy (centre du Sri Lanka), fin XVIIIᵉ – début XIXᵉ siècle | Laiton (ou cuivre) avec décor floral ciselé, couvercle à charnière, fermoir en fer et spatule en cuivre montée sur chaînette
Assez petite pour se glisser dans le pli d’un sarong, mais suffisamment robuste pour voyager de village en village, la killotaya contenait la pâte de chaux éteinte (chunam).
Une pointe de cette poudre alcaline, mélangée à de la noix d’arec et à une feuille de bétel, activait le léger stimulant apprécié dans toute l’Asie du Sud et du Sud-Est.
Les artisans sri-lankais façonnaient la boîte sous forme de sphère aplatie dont le couvercle s’ouvrait grâce à une minuscule charnière. À l’intérieur, une petite cuillère fixée par une chaînette permettait de prélever la juste dose de chaux. Beaucoup d’exemplaires — comme celui-ci — présentent un décor floral ciselé, tandis que les versions aristocratiques étaient réalisées en argent ou serties de pierres précieuses. La plupart, cependant, étaient en laiton ou en cuivre, dont la surface se patinait de bruns chaleureux au fil des ans.
La forme de la killotaya rappelle celle d’un boîtier de montre de poche européenne du XVIIIᵉ siècle, suggérant un échange de modèles durant les périodes hollandaise et britannique. Pourtant, l’objet demeure profondément sri-lankais : de la chaux corallienne extraite localement à l’ornementation florale qui évoque les plafonds des temples kandyens.
Conçue dans un métal résistant à l’agressivité de la chaux — une ingéniosité matérielle typique —, chaque boîte était munie d’un couvercle hermétique protégeant son contenu de l’humidité. Mais ces contenants de poche pouvaient aussi affirmer un statut social : les modèles en argent ou incrustés de pierres précieuses relevaient du luxe de cour. Un spécimen finement ciselé, complet de sa spatule, tel que celui présenté ici, a probablement appartenu à un fonctionnaire provincial ou à un riche planteur.
Aujourd’hui, ces petits contenants témoignent d’une histoire stratifiée de commerce, de sociabilité et de vie quotidienne — où une simple pincée de chaux liait artisanat, paysage et échanges conviviaux.

Killotaya – Sri Lankan Lime Container for Betel Rituals © Janaka Samarakoon - Suriyakantha CAC Pvt Ltd.
Un approvisionnement personnel pour plus de sécurité
Dans la tradition du mâchage de bétel, la noix d’arec et la feuille de bétel pouvaient être partagées ou empruntées sans difficulté, mais la chaux représentait une tout autre histoire. Beaucoup craignaient que de la chaux empruntée à un autre foyer puisse être volontairement empoisonnée. Pour cette raison, chaque consommateur de bétel transportait sa propre réserve dans une killotaya, garantissant à la fois praticité et sécurité personnelle. Cette coutume fit de la boîte à chaux l’un des objets les plus intimes et les plus indispensables de la vie quotidienne.
La chaux conservée à l’intérieur (chunam) était obtenue en brûlant du corail ou des coquillages, puis en l’éteignant avec de l’eau — un procédé en usage depuis des siècles à travers l’océan Indien.
La forme de la killotaya — aplatie, munie d’un couvercle et compacte — rappelle étroitement celle des boîtiers de montres de poche européennes, témoignant d’échanges stylistiques durant les périodes hollandaise et britannique.
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