
Pendant plus d’un millénaire, le principal support de l’écrit au Sri Lanka fut le manuscrit en feuilles d’ola, réalisé à partir des feuilles traitées du palmier tallipot (Corypha umbraculifera).
Après la récolte, les feuilles étaient bouillies, séchées puis polies afin de créer une surface lisse et résistante. Les scribes y incisaient le texte à l’aide d’un stylet métallique fin, avant de frotter un mélange de suie et d’huile qui faisait ressortir les lettres sur le fond doré pâle.
L’écriture cinghalaise, comme d’autres écritures d’Asie du Sud, se caractérise par des formes arrondies — un choix qui s’explique directement par ce support : les traits anguleux risquaient de fendre les fibres, tandis que les courbes permettaient au stylet de glisser sans endommager la feuille.
Les textes gravés sur feuilles d’ola allaient des écritures bouddhiques (Tripiṭaka) aux traités d’astrologie, de médecine, de droit ou de poésie. Ces manuscrits étaient généralement reliés entre deux plats en bois dur, parfois laqués ou décorés, et maintenus par un cordon passant dans un trou central ou décalé. Conservés dans les bibliothèques monastiques ou les dépôts des temples, ils étaient lus à voix haute lors des enseignements, des rituels et des fêtes, perpétuant ainsi la transmission orale aux côtés de l’écrit.

Manuscrit en feuilles d’ola des 555 récits du Jātaka – Sri Lanka, fin de la période kandyenne | Inscrit en écriture cinghalaise sur des feuilles de palmier talipot polies et relié entre deux plats en bois dur, cet ensemble complet des récits des vies antérieures du Bouddha est parvenu jusqu’à nous dans un état de conservation remarquable. La netteté de l’écriture, l’homogénéité de la préparation des feuilles et la solidité intacte de la reliure témoignent des plus hauts standards de l’art scribal sri-lankais. © Janaka Samarakoon – Suriyakantha CAC Pvt Ltd
Parmi cette tradition, un cycle complet des 555 Jātaka — tel que l’exemplaire conservé dans la collection Suriyakantha — représente un sommet tant littéraire que matériel. Ces récits des vies antérieures du Bouddha, illustrant les vertus morales, occupaient une place centrale dans l’enseignement monastique et la prédication publique.
Le manuscrit du Suriyakantha se distingue par son état de conservation exceptionnel : clarté de l’écriture incisée, homogénéité de la préparation des feuilles, solidité intacte de la reliure. Autant de qualités qui témoignent du haut degré de maîtrise atteint par les scribes sri-lankais.
Aujourd’hui, les manuscrits en feuilles d’ola demeurent des témoins précieux de la ferveur littéraire de l’île, de son ingéniosité artistique et du dialogue entre tradition orale et culture écrite. Chaque volume conservé — qu’il soit sobre ou richement décoré — appartient à une chaîne continue, reliant générations et communautés à travers l’acte partagé de lire, d’écouter et de préserver la parole écrite.

Manuscrits en feuilles d’ola – Le patrimoine littéraire sur feuilles de palmier © Janaka Samarakoon - Suriyakantha CAC Pvt Ltd.
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