
Avant la colonisation, l’intérieur des maisons sri-lankaises était très peu meublé. La plupart des foyers — en dehors de l’aristocratie — ne possédaient que quelques objets rudimentaires : nattes pour s’asseoir et dormir, des bancs ou autres structures similaires, et coffres de rangement basiques.
Les sièges surélevés étaient rares et réservés aux élites ou aux contextes cérémoniels. L’idée du meuble comme objet travaillé et décoratif s’imposa progressivement, gagnant en importance durant les périodes portugaise, hollandaise puis britannique.
Le contact colonial introduisit de nouvelles formes — chaises, tables, lits et placards — dont les modèles reflétaient le goût européen, mais furent réinterprétés par les artisans sri-lankais à l’aide de bois locaux tels que le jak, le teck, le nadun (Pericopsis mooniana) ou l’ébène. Peu à peu, ces pièces évoluèrent vers un style hybride original, mariant silhouettes importées, savoir-faire autochtone et adaptations climatiques.
De cette évolution naquirent deux traditions régionales distinctes :


Traditions régionales d’armoires et de cabinets © Janaka Samarakoon - Suriyakantha CAC Pvt Ltd
La collection de mobilier traditionnel du Centre Suriyakantha se concentre sur des pièces antiques postcoloniales — héritages des deux traditions. On y trouve de lourds coffres en bois de la région de Kandy, des placards robustes des basses terres côtières, de beaux exemples issus des ateliers renommés du Sud, ainsi que des meubles raffinés des Hautes Terres, dont les formes épurées prolongent l’esthétique kandyenne.
Ensemble, ces œuvres racontent une histoire à plusieurs strates : d’un temps où le mobilier n’était qu’une nécessité rare, jusqu’à sa transformation en symbole de statut et d’art, avant de devenir aujourd’hui un patrimoine préservé du savoir-faire sri-lankais.

[SRI LANKA OU INDE DU SUD, FIN XIXᵉ – DÉBUT XXᵉ SIÈCLE | BOIS AVEC PANNEAUX DE ROTIN TRESSÉ]
Ce banc illustre les traditions hybrides du mobilier nées sous l’influence coloniale en Asie du Sud. Sa structure est d’inspiration européenne — un canapé deux places avec dossier cintré et accoudoirs courbes — mais son usage du rotin tressé est entièrement local.
Le cannage était pratiqué depuis longtemps en Asie du Sud pour les nattes, paniers et meubles. En Europe, en revanche, on utilisait surtout jonc, osier ou paille pour les assises de chaises, jusqu’à l’introduction du rotin asiatique par le commerce colonial, à la fin du XVIIᵉ siècle. Dès lors, les « chaises cannées » devinrent à la mode en Angleterre, en France et dans les Pays-Bas, prisées pour leur légèreté, leur solidité et leur exotisme lié aux échanges d’outre-mer.
Au Sri Lanka et en Inde du Sud, les fonctionnaires britanniques et négociants firent appel aux menuisiers cinghalais et tamouls pour adapter ces modèles européens au savoir-faire local. Les essences denses — teck, bois de satin, ébène — s’associaient à des assises ventilées en rotin tressé, assemblées par tenons et mortaises chevillés capables de résister à l’humidité de la mousson.
Ces bancs occupaient généralement vérandas, salles de réception et bureaux, offrant une alternative plus fraîche et plus légère aux sièges capitonnés. Ils appartiennent à la vaste famille du « mobilier colonial en rotin », qui comprend aussi chaises, placards et la célèbre chaise de planteur.
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