
L’école de peinture dite de Kandy connut son apogée sous les derniers rois du Sri Lanka, dans la capitale royale des hautes terres. Officiellement, la période kandyenne, au sens politique du terme, s’étend de 1469 à 1815, date de la conquête britannique. Mais c’est au milieu du XVIIIᵉ siècle, sous le règne de Kirti Sri Rajasinha (1747–1782), que son style pictural atteignit sa pleine maturité.
À cette époque, Kandy n’était pas seulement une capitale politique : c’était aussi une ville sacrée. La présence de la relique de la dent du Bouddha, apportée ici à la fin du XVIᵉ siècle par le roi Vimaladharmasuriya Iᵉʳ, conférait au souverain une légitimité spirituelle et faisait de la cité le principal centre de dévotion bouddhiste de l’île.
Or, au début du XVIIIᵉ siècle, le bouddhisme au Sri Lanka traversait une grave crise. L’action missionnaire catholique, l’instabilité politique et la montée d’une communauté opportuniste de pseudo-moines appelés ganinnanse avaient affaibli l’ordre monastique. En 1753, le roi Kirti Sri Rajasinha, en collaboration avec l’érudit moine Weliwita Sri Saranankara, rétablit l’ordination supérieure des moines en invitant un clergé éminent venu de Siam : un tournant décisif qui déclencha une véritable renaissance bouddhiste.
Cette renaissance gagna également les arts. Partout dans le royaume, des temples furent construits ou restaurés, suscitant une demande sans précédent de peinture murale. Le Temple de la Dent de Kandy, principal sanctuaire bouddhiste de la capitale, devint alors un véritable laboratoire artistique, stimulant l’innovation dans la composition et la narration. Sous la conduite de maîtres tels que Devaragampola Silvatenne Unnanse et Deldeniya Sittaranaide, des ateliers élaborèrent un idiome pictural “kandyen” qui se diffusa bien au-delà du sanctuaire, rayonnant sur la région centrale, jusqu’aux côtes et au sud du pays.

Peintures murales et de plafond en pigments naturels sur bois et plâtre, temple de la Dent sacrée, Kandy - XVIIIe siècle ; probablement restaurées à la fin des années 1990. | © Chinthaka Rathnayake - Suriyakantha CAC (Pvt) Ltd
Les fresques kandyennes se distinguent au premier regard : contours nets, aplats de rouge et de jaune, végétation stylisée à valeur surtout décorative, et personnages hiératiques, sans perspective ni modelé. La narration l’emporte sur le réalisme, avec des séquences retraçant la vie du Bouddha, ses existences antérieures (contes Jataka) ou des légendes locales. Des motifs floraux et animaliers ornent souvent plafonds et bordures, mêlant récit et pure ornementation.
Il en résulte un art d’une grande lisibilité, facilement accessible, conçu non pour le seul plaisir esthétique, mais pour instruire, inspirer et affermir la foi des fidèles. Aujourd’hui encore, les murs de Degaldoruva, du Ridi Vihare et, bien sûr, du Temple de la Dent, conservent ces témoignages lumineux d’une époque où religion, royauté et art étaient intimement liés.
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