
Le pettagama (cinghalais පෙට්ටගම, parfois appelé « coffre hollandais ») est un lourd coffre en bois qui remplissait de multiples fonctions dans les foyers sri-lankais.
Les premiers exemplaires servaient de greniers à riz, protégeant les récoltes de l’humidité et des rongeurs ; les marchands en accrochaient aussi aux brancards de portage lors de leurs déplacements, tandis que les familles aisées y enfermaient bijoux, documents ou étoffes précieuses. Fabriqué dans des bois locaux denses — jackier (Artocarpus heterophyllus), ébène, calamander ou teck — et renforcé de ferrures ou de clous de laiton, le pettagama était difficile à dérober et devenait le signe visible de la prospérité et de la continuité d’un foyer.
Le mobilier de type européen fit son apparition avec les Portugais au XVIᵉ siècle, avant de se diffuser largement sous la domination hollandaise des districts côtiers (1640–1796). Les menuisiers locaux adaptèrent rapidement la forme des coffres européens aux bois indigènes : ainsi naquit le pettagama cinghalais, apprécié à la fois des fonctionnaires hollandais et des familles kandyennes. Les exemplaires conservés présentent donc un mélange caractéristique : ferrures européennes (serrures, moraillons, poignées) associées à des assemblages et à des ornements locaux. Nombre d’auteurs le désignèrent par la suite simplement comme « coffre hollandais ».

Marqueterie bichromatique raffinée en bois de jacquier et d’ébène, rare témoignage dans le mobilier domestique traditionnel du Sri Lanka | © Janaka Samarakoon – Suriyakantha CAC Pvt Ltd
Ce coffre associe le bois de jackier à l’ébène noir, créant des motifs raffinés de marqueterie bichrome. Sa serrure de fer intègre une petite clochette montée sur ressort, qui tinte à chaque tour de clé : un système d’alarme simple mais efficace, déjà présent sur certains coffres d’exportation du XVIIIᵉ siècle.
À la différence des coffres « cinq pieds » de la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales - Vereenigde Oostindische Compagnie), produits dans les ateliers hollandais et reposant sur des pieds massifs, cet exemplaire est élevé sur quatre pieds tournés en boule, un détail plus typique des ateliers cinghalais de l’intérieur de l’île. Derrière un faux plancher se dissimulent deux tiroirs miniatures, accessibles par un panneau coulissant : ces compartiments secrets étaient destinés à conserver bijoux hérités, reliquaires ou titres de propriété de la famille.

La marqueterie dans le mobilier « traditionnel » sri-lankais
La marqueterie — art d’assembler des motifs décoratifs à partir de placages contrastés — ne fut jamais très répandue dans le mobilier domestique sri-lankais. La plupart des pièces villageoises ou kandyennes reposaient sur la sculpture pleine, de puissants pieds tournés et des garnitures en laiton. Les incrustations complexes apparurent surtout dans les ateliers urbains à partir de la fin du XVIIIᵉ siècle, quand les commanditaires européens demandèrent des pièces « d’échantillonnage » mettant en valeur les essences locales.
La marqueterie ébène-jackier, comme celle visible sur ce pettagama, signale donc un hybride rare et prestigieux : une rencontre entre savoir-faire local et goût colonial. Ses étoiles et damiers bicolores se distinguent précisément parce qu’ils étaient exceptionnels dans la tradition artisanale du bois de l’île.
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