© Suriyakantha CAC (Pvt. Ltd)
Nous lançons cet été un nouveau programme de résidence de création à Suriyakantha.
Ouvert aux artistes, écrivains et créateurs de tous horizons, ce programme permet à une personne exerçant une activité créative — littérature, arts plastiques, recherche, photographie, cinéma, musique ou toute autre discipline — de séjourner pendant une seùaine au minimum dans notre demeure patrimoniale tricentenaire, à un tarif préférentiel.
Durant son séjour, le résident ou la résidente — éventuellement accompagné d’une personne — dispose d’un espace privé et peut accéder aux lieux emblématiques de la maison : le salon, les bibliothèques, les vérandas, les galeries, la cour intérieure et le jardin. Autant d’espaces où le calme, la beauté du lieu et la mémoire de Suriyakantha offrent un terrain particulièrement fécond à la création.
En mai dernier, nous avons eu le plaisir d’accueillir l’historien régional et écrivain français Guilhem Beugnon. À la demande de Thema Collection, propriétaire notamment de Mountbatten Bungalow, Kandy, l'écrivain a mis à profit les quelques semaines passées à Suriyakantha pour mener une recherche iconographique sur le séjour de Lord Mountbatten à Kandy.
Guilhem Beugnon a également rassemblé sous notre toit un ensemble d’écrits personnels profondément empreints de ce lieu au charme si particulier.
Nous vous proposons ici, en avant-première, un extrait d’un texte écrit à Suriyakantha, tout imprégné de l’atmosphère singulière de notre demeure patrimoniale tricentenaire.

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6 heures.
Le jardin se réveille au chant mélancolique et répétitif du koel asiatique, au bavardage affairé du martin triste, au vacarme soudain de perruches traversant les cocotiers. De petits cris aigus, nerveux et insistants - ceux de l'écureuil palmiste que j'ai longtemps pris pour des appels d'oiseaux - courent d'arbre en arbre. Taisez-vous, chants de la nuit, grenouilles et crapauds, insectes et geckos, chouettes et hiboux, chiens errants du voisinage, mélange continu de stridulations, de feuilles remuées et de cris invisibles. Place à un nouveau paysage sonore dans lequel s'invitent bientôt les CTB Buses et la sono de la voisine qui remplit chaque matin le silence laissé par le départ de ses enfants et de son mari. Je reconnaîtrai, au lointain, des airs de Lambada et de French cancan.
Mes premiers gestes seront la mise en marche de la résistance du chauffe-eau puis de la pompe du réservoir installé sur la terrasse supérieure : un double et distant mécanisme dont le fonctionnement exact me demeure obscur. Lui seul, pourtant, semble pouvoir assurer une douche chaude et abondante.
Arrive l'heure de l'ouverture, des ouvertures, vers le jardin ubéreux. Chaque fenêtre, chaque porte-fenêtre, compte 4 ou 8 loquets de laiton qu'il convient de déverrouiller chaque matin et de verrouiller à la nuit tombée. Je m'y attelle dans un ordre défini pour n'oublier personne et transformer cette corvée en un rituel quasi bouddhique.
Chambre à coucher : 3 fenêtres, une porte-fenêtre, 28 cliquetis,
Bibliothèque ouest : 8 cliquetis, l'affaire est vite réglée,
Hall d'entrée : 20 cliquetis, et la maison s'ouvre sur la terrasse où m'accueillent successivement les frétillements de Kaloo et Hadhaya, les deux chiennes de la maison, et le sourire de Bandula, le sémillant gardien de nuit. Il vient d'achever son rituel d'offrandes et de prières face au Bouddha d'ébène ; un parfum d'encens et de fleurs de jasmin flotte dans l'air,
Bibliothèque est : 4 cliquetis seulement, la fenêtre est fixe,
Bureaux : 16 cliquetis, et déjà Hadhaya s'est lovée sur le tapis de laine, bienheureuse,
Salle à manger ouvrant sur la cour intérieure : 48 cliquetis ; le rituel prend de l'ampleur,
Salle d'exposition, montée en puissance : 60 cliquetis,
Cuisine et souillarde, apothéose d'un concert de ferronnerie tropicale : 64 cliquetis.
Loin de m'épuiser, ce patient déverrouillage matinal 248 fois répété m’ancre doucement dans le rythme de la walauwa, sans me faire un instant regretter les automatismes européens.
Face aux alignements d'interrupteurs, j'éteins maintenant avec hésitation les lumières de la nuit et allume celles du jour, plus discrètes, presque symboliques. L’obscurité recule dans la vaste demeure sans jamais totalement la quitter.
Puis vient la douche chaude, luxe crachotant au milieu de la moiteur tropicale, suivie d'un petit-déjeuner frugal. Hier, le gardien du temple de Lankatilaka me faisait admirer la peinture d’un Ganesh debout, symbole de protection active et de prospérité dynamique.
— Debout et ventripotent, lui fis-je remarquer.
— Comme vous, répondit-il sans hésiter, et à juste titre.
Ce matin, au petit-déjeuner, je n'ai pas arrosé les flocons d'avoine d'un épais kithul treacle... Entre ascèse et gourmandise, il convient de trouver la Voie du Milieu.
La journée peut maintenant commencer, sous le signe de la bienveillance :
Qu'elle s’étende au monde entier,
au-dessus, au-dessous et tout autour,
sans obstacle, sans haine et sans inimitié.
© 2026 Guilhem Begunon
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