Figurines en terre cuite de Tabbova–Maradanmaduva

Traditional Sri Lankan Grinding Implements

Un siècle de découvertes fortuites dans la zone sèche du Sri Lanka a révélé un corpus singulier de petits objets en terre cuite : figurines féminines et animales, formes phalliques, fragments de récipients décorés. Cet ensemble est aujourd’hui connu sous le nom de culture de Tabbova–Maradanmaduva, d’après deux des premiers sites de mise au jour : Tabbova, en 1940, et Maradanmaduwa, en 1953. Ils furent documentés par l’archéologue sri-lankais P. E. P. Deraniyagala, dans le prolongement du rapport pionnier publié en 1921 par le britannique Arthur Maurice Hocart.

Pendant longtemps, les chercheurs ont discuté de leur datation, hésitant entre préhistoire et protohistoire. Ce n’est qu’en 2007 qu’une fouille stratigraphique à Nikawewa a permis de trancher : l’analyse par luminescence stimulée optiquement a livré une date de 1060 apr. J.-C. ± 80, plaçant ces figurines à la toute fin de la période d’Anuradhapura. Elle a aussi confirmé une étonnante homogénéité stylistique d’un site à l’autre.

Malgré leur apparence rustique, ces pièces présentent des détails significatifs : seins appliqués, chevelures incisées, sourcils arqués. La plupart se rattachent à quatre types récurrents : figurines féminines assises ou en forme de sablier ; formes phalliques ou hybrides phalliques-féminines ; représentations de bovins et d’éléphants ; fragments architecturaux miniatures.

Les fouilles révèlent qu’elles étaient volontairement brisées puis enfouies dans de petites fosses creusées près des réservoirs et des rizières — des paysages au cœur de l’agriculture hydraulique cinghalaise. Leur association répétée avec ces dispositifs d’irrigation suggère qu’il s’agissait d’offrandes votives destinées à assurer la pluie et à protéger les récoltes, relevant d’une sphère rituelle « populaire », parallèle au bouddhisme officiel soutenu par l’État.

Les exemplaires présentés dans la collection Suriyakantha témoignent d’une tradition rituelle encore mal comprise, qui prospéra dans les marges agricoles de l’île alors que déclinaient les grands centres monastiques. Faute de textes pour en expliquer le sens, ces figures fragmentaires demeurent l’une des énigmes les plus saisissantes de l’archéologie sri-lankaise — témoins silencieux des croyances populaires autour de la fertilité, de l’eau et de la fragile agriculture irriguée de la zone sèche.

Tabbova–Maradanmaduva Figurines © Janaka Samarakoon - Suriyakantha CAC Pvt Ltd.

 


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Un guide complet pour une compréhension approfondie des figurines en terre cuite de Tabbova–Maradanmaduva, accompagné d’une présentation vidéo narrée par feu le Dr Jacques Soulié.

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