07 août 2026
Sans notes, et les questions demeurant hors champ, Jacques Soulié retrace, dans cette conversation intime et intimiste, avec son éloquence et sa clarté de démonstration parfaitement intactes, une vie commencée dans une ferme du Tarn-et-Garonne et achevée à quelque 8 500 kilomètres de là, dans les hauteurs du centre du Sri Lanka. Kandy, la deuxième ville de l'île tropicale, aura été le lieu où il élut domicile pour les trente dernières années de sa vie.
Une enfance sous la neige et un oiseau tué d'un coup de fronde — remords qui résonnera avec la spiritualité bouddhique découverte des décennies plus tard ; la ruralité frugale d'un Sud-Ouest catholique et quasi préindustriel ; une mère qui ne pouvait pas l'aider dans ses devoirs mais qui, toujours à ses côtés, le soutenait ; un père revenu d'internement durant la guerre, malade, mort à quarante-quatre ans — cette captivité, puis cette mort, si peu dites dans la famille que l'enfant préférait inventer d'autres pères plutôt que de nommer l'absence. Puis cette envie, surprenante pour ceux qui l'écoutaient comme pour lui-même, d'aller s'inscrire à l'école bourgeoise de la ville, contre un déterminisme social si solidement ancré dans cette terre agricole. Et, au terme de ce préambule, un film vu au cinéma un soir de mobylette, après lequel la médecine devint plus qu'un métier : une manière de partir.
Il s'en dégage moins un récit de vie qu'une méditation sur l'enracinement et le départ, la fidélité de classe et l'émancipation de celle-ci : chez un homme issu d'une lignée évoluant depuis des générations dans un rayon de vingt kilomètres, ce désir confus, aussi précoce qu'irrépressible, de ne pas rester immobile. Ce n'est toutefois pas le témoignage triomphaliste, revanchard ou clinique d'un transfuge au sens contemporain — et branché — du terme. Nul désir, ici, d'instruire le procès de la mémoire. C'est la mise en récit du parcours d'un homme parti si loin sans presque le savoir — et qui comprend, après coup, que, peut-être, il n'était jamais parti. Il prend pour témoin ce majestueux chêne centenaire au fond du jardin, « qui a tout vu, tout senti ».
Ni regrets ni triomphe : un récit imprévisible comme la vie, qui jamais ne la convertit en thèse.
Le film a été présenté en avant-première le 25 juillet 2026, lors de la soirée hommage organisée à Kandy qui a marqué le premier anniversaire de la mort de Jacques Soulié, en présence de Son Excellence Monsieur Rémi Lambert, Ambassadeur de France au Sri Lanka et aux Maldives, et de Chandra Wickramasinghe, fondateur de Connaissance de Ceylan et de Thema Collection.
Partager cet article
25 juillet 2025
17 juillet 2025